Un dimanche soir
comme les autres
    Dimanche soir, vers 19h. Le soleil commençait à peine à s'éteindre sur le boulevard Marcel Sembat, artère vivante de Saint-Denis. Tout en allant chercher mon métro, à pied, je me suis souvenu avoir un coup de fil à passer. Je sors donc mon portable et compose le numéro tout en continuant mon chemin.
A cette heure, le boulevard est en pleine activité : des jeunes par dizaines attendent le bus, les commerces et restos sont grands ouverts, le tabac-PMU du coin fait comptoir-comble (plus pratique pour garder un œil sur l'écran de résultats) et des enfants jouent dans le parc alors que les mères papotent à côté ; un dimanche comme les autres …
 
    Mon interlocuteur déroche ... “Allo?”
 
    Ma discussion téléphonique va bon train lorsqu'une main inconnue, précédée de légers bruits de course dans mon dos, m'arrache littéralement mon portable alors qu'un second coureur me bloque les jambes, toujours par derrière, et me jette à terre d'un violent coup au tibia.
Un peu étourdi, j'analyse la situation rapidement : on vient de me voler mon portable et mes détrousseurs sont encore en pleine course, à une dizaine de mètres.
Sans vraiment réfléchir, je me remets sur mes jambes et leur cours après. J'attrape le premier venu, celui qui s'est occupé de me neutraliser. Je le prends par l'épaule, l'arrache du sol de toute la force de ma haine, et le jette violemment le dos par terre ; il est sonné.
Je continue ma course vers celui qui a toujours mon portable en main. Il s'est réfugié au milieu de la foule qui attend le bus. Je fonce vers lui, décidé.
 
    Au premier coup de poing, venu de nul part mais pas du voleur, je comprends mon erreur : je viens de me jeter dans la gueule du loup!
Comment pouvais-je prévoir que cette foule de jeunes, de vieux, d'anonymes, pourtant tous différents, allait céder à un instinct animal, au plaisir du pouvoir qu'offre la violence facile, pour aider l'un des leurs dans son méfait, telle une meute qui se lie contre sa proie?
En comprenant qu'ils lui seront presque tous solidaires, sous les volées de coups de poings et de coups de pieds, je me retrouve à terre, en boule, à encaisser tant bien que mal cette violence gratuite et irréfléchie, me disant simplement :
"Ok vieux, 'y a plus qu'à attendre que ça passe!" …
 
    Il devait bien y avoir vingt personnes à cet arrêt de bus, et ils n'ont pas tous cédé à la tentation, plus les commerçants et les passants … et le seul qui soit venu m'aider, après que cette meute d'anonymes se soit lassée de me prendre pour un punching-ball, avait le pur style racaille, peut-être même était-il l'un d'entre eux, peut-être même avait-il un peu de ma peau sur les poings. Bien différent pourtant, puisqu'il me ramènera ma carte SIM. A moins que cela ne fasse également parti du plan de la meute?
 
    Au final, je n'ai donc plus de portable, le visage et le corps douloureux (j'ai encore l'empreinte très nette d'un crampon sur l'arcade droite et un hématome grand comme l'afrique sur le mollet!), et mon âme se demande toujours comment, me croyant à Saint-Denis, j'ai pu me retrouver en plein milieu de l'Amérique des Gangs, version Hollywood, face à la délinquance à solidarité raciale, face à la violence par pure identité sociale.
Comment les gens du coin en viennent-ils à avoir tellement peur qu'ils se contentent d'observer un mec, seul, se faire tabasser par une foule … pour un téléphone portable?
Seul geste de ces observateurs passifs à mon égard, quelqu'un prononce ces mots derrière moi :
"Quel con, il leur a couru après!".
 
    Bah oui, quel con! C'est vrai quoi, quelle idée j'ai eu de réagir, de tenter de résister (j'ai peine à utiliser ce terme que je réservais jusque là au courage de ceux qui avaient refusé l'occupation nazie)!
 
    Je m'excuse platement auprès de mes agresseurs! C'est promis les gars, dorénavant, on sera tous des bons toutous bien sages, que vous pourrez voler, maltraiter et humilier à votre guise … Réveillez-vous bordel, vous êtes décidément dans un autre monde que le nôtre, hors de la réalité!
 
    Et je dis "BRAVO", je félicite tous ces dionysiens amorphes qui préfèrent se terrer dans leur peur en profitant du spectacle plutôt que d'assister une personne en danger. Votre peur ne résoudra rien, elle ne fait que donner plus de pouvoir à ces gangs ; plus de pouvoir sur vous-même ou vos enfants. Dans un tel cas, appeler la police n'est pas de la collaboration, mais du simple civisme!
 
    Finalement, le seul à m'avoir aidé habite probablement une cité, et cherche peut-être un moyen d'en sortir. Alors aidons-les à en sortir, à canaliser l'énergie qui les anime, et qui a visiblement besoin d'être exprimée, pour créer quelque chose, pour réfléchir, et non à s'allier entre eux tels des meutes contre les libertés (de téléphoner dans la rue par exemple!!) et la sécurité de chacun.
 
    Ok vieux, 'y a plus qu'à attendre que ça passe! …
 
27/09/2004


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